
Peter Brötzmann & Jason Adasiewicz « Going all fancy » (Eremite records, 2012, enreg. 2011) UB7855
Choc générationnel pour ce duo. Jason Adasiewicz, 35 ans, surdoué du vibraphone contemporain. Peter Brötzmann, 72 ans, saxophoniste emblématique du free jazz européen, incorruptible depuis 45 ans.
Les deux musiciens ne sont pas, à priori, liés par une réelle filiation musicale. Le souffle rageur sans compromis du saxophoniste allemand impose au musicien qui lui fait face de posséder une bonne résistance de jeu. Et sur le papier cette formation duo semble inégale. Le vibraphone semble faire peu de poids face au saxophone rouleau compresseur de Brötzmann.
Pourtant, ce dernier laisse de la place à Adasiewicz, le laisse installer ses volutes de vibraphones, ses variations subtiles, très aériennes. On a l’impression que Brötzmann calme -légèrement !- son jeu, pour que le décalage esthétique soit moins radical. Et étonnamment, ça fonctionne et donne une impression d’écoute étrange. Il résulte de cette rencontre non pas un dialogue de sourds mais plutôt une musique rude et délicate à la fois. Le jeune musicien a affirmé son jeu sans se forcer à rivaliser avec son ainé dans la puissance.
Pour ceux qui pensent, qu’à son âge, le vétéran ne peut offrir de nouvelles surprises, Brötzmann prouve en s’associant avec un des musiciens les plus passionnants du moment, qu’il a toujours malgré son entêtement, une capacité d’écoute et de respect de ses partenaires. Il livre ici un enregistrement qui surprend au sein de sa discographie récente. Et si il fallait encore une occasion pour le prouver, Adasiewicz rend ses lettres de noblesse à un instrument souvent oublié ou mis en arrière-plan.

La musique médiévale se transmettait surtout oralement : les débuts de l’écriture musicale – les neumes- datent des environs de l’an 800.
Le troubadour Salvatore Immordino lèvera le voile sur cette période mal connue lors de son rendez-vous sur « le brouillard des signes »
Extraits d’une rencontre de Jean Nicolas avec Salvatore Immordino
JN :Tu vas animer un rendez-vous sur une période musicale plutôt méconnue, mais pourtant riche et passionnante. La musique médiévale en passait par de profondes transformations et c’était aussi le temps des troubadours et des ménestrels. Comment apprenait-on la musique ?
SI : La musique médiévale était chantée, parfois accompagnée par des instruments. Il n’y avait pas vraiment de professeurs. On apprenait sur le tas, auprès d’un autre musicien ou au sein d’une troupe. Aujourd’hui, nous tentons de jouer comme ils le faisaient en nous appuyant sur des transcriptions et des fac-similés. Il y a une grande part d’interprétation et de reconstitution.
… JN : D’où vient la musique médiévale ?
SI : En grande partie du philosophe Boèce (480 ap. J-C) qui a repris toute la théorie de la musique grecque, des philosphes de la période héllénistiques et de la période romaine. Il a fait une synthèse de tout ça et c’est devenu un point de référence incontournable au moyen-âge. Le principe n’était pas de trouver du plaisir, mais plutôt de s’inscrire dans une logique pédagogique, édifiante pour l’esprit.
JN : Comment est-on passé d’une transmission orale à l’écriture musicale ?
SI : Difficile à dire avec certitude. Quand les moines devaient chanter, ils s’éloignaient facilement de la théorie. C’est vers les années 800 que nous retrouvons les premières notations musicales, les neumes. Ce sont des signes inventés pour indiquer graphiquement l’évolution de la mélodie. Il y avait des familles de neumes qui circulaient de monastères en monastères, mais chacun écrivait à sa manière ! Les règles universelles sont apparues progressivement. C’était une période magique ! C’est elle que nous allons aborder dans ces rendez-vous sur le brouillard des signes.
Quelques extraits du rendez-vous.
Pourquoi 1988, pourquoi « Voodoo Ray » ? Qu’est-ce que « Voodoo Ray » ? Le contexte, les raves. L’histoire de la musique électronique, l’importance du point de vue…. Autant de questions auxquelles ont répondu David Mennessier & Benoît Deuxant à la médiathèque de Charleroi début novembre. Ils nous ont montré que l’évolution de la musique peut être étroitement liée au contexte socio-économique d’un lieu et d’une époque, ce qui est particulièrement vrai dans le cas de la musique électronique pour les 25 dernières années.
Quelques vidéos de la présentation
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Plus d’infos
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Eloïse Decazes (Arlt) en duo avec Eric Chenaux (Constellation Records) : chansons traditionnelles et guitares improvisées
Le disque Éloïse Decazes & Eric Chenaux est la réelle sortie publique d’une série d’enregistrements datant de 2009 et diffusés jusqu’ici uniquement en CD-R, de la main à la main, au sein du cercle des amis et proches des deux musiciens. Au-delà même de l’origine géographique de ces derniers (Éloïse Decazes, chanteuse du groupe parisien Arlt et Eric Chenaux, guitariste ayant e.a. sorti depuis 2006 une série d’albums remarqués sur le label Constellation), l’album lui-même a un pied en France et l’autre au Canada. À part deux « Contredanses », morceaux instrumentaux solo (à la guitare à l’archet sur fond de field recordings de danseurs) par Eric Chenaux, les six autres plages sont soit des chansons traditionnelles françaises (quatre plages), soit une reprise de « On n’est pas des arbres » (d’Areski Belkacem et Brigitte Fontaine) et une autre de « La Glu » (de l’écrivain Jean Richepin, déjà chantée en 1918 par Yvette Guilbert et plus près de nous, dans la version arrangée par Jean-Marie Sénia, par Hanna Schygulla). Mais, l’enregistrement, le mixage et le mastering du disque se sont passés de l’autre côté de l’Atlantique, grâce à la participation d’une autre paire de complices au long cours de Constellation : captation et mix à Toronto en 2009 par Sandro Perri et mastering à Montréal en 2012 par le guitariste Harris Newman.
Nommé d’après un film de 1933 de Boris Barnet, Okraïna (Les Disques du faubourg) est un micro-label bruxellois qui entend sortir une série de disques vinyle au format 25cm en confiant toutes les pochettes à l’illustratrice Gwénola Carrère. Le double 25cm Éloïse Decazes & Eric Chenaux est sa première sortie. Un double 25cm d’enregistrements live à la Ferme du Biéreau suivra puis la réédition d’un autre CD-R, d’Ignatz et Harris Newman cette fois.
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Très beau concert du duo Eloïse Decazes et Eric Chenaux samedi 06 octobre 2012.
Pour ceux et celles qui n’ont pas pu venir, voici une petite séance de rattrapage!
Quelques vidéos pour prolonger le plaisir…

Reynald Halloy a 37 ans, et 15 ans d’expérience dans le secteur. Ses casquettes sont multiples, il jongle aisément avec le métier de compositeur, de réalisateur, de photographe en passant par les cordes du chanteur et du guitariste… Inspiré, entre autre, par ses amitiés profondes avec la culture indienne, Reynald nous invite à faire (un voyage singulier vers l’Orient à partir de notre terroir, un regard bienveillant sur un Ailleurs qui ne devrait plus nous effrayer » (Didier Mélon , Le Monde est un Village, RTBF). Avec le temps, la pratique du chant harmonique, des mantras et des ragas ont véritablement transformé son chant en français en une mélodie métissée aux couleurs orientales…
Reynald vous propose de découvrir son album Chrysalide en formule en duo avec le joueur de tablas Nabankur Bhattacharya. Des morceaux revisités pour l’occasion, explorant autant les textures sonores de sa guitare que celles de sa propre voix.
Nabankur Bhattacharya, issu d’une famille de musiciens, il commença à jouer les tablas dès l’âge de sept ans. Son frère ainé, Trinankur Bhattacharya, maître célèbre de tabla. Il est aujourd’hui, l’un des disciples les plus avancés du grand maître, Pandit Anindo Chatterjee.
Nabankur est un musicien très polymorphe, venant de la musique classique de l’Inde du Nord, il peut facilement fusionner avec la musique occidentale: le jazz, le flamenco, la chanson française.
www.reynaldhalloy.be
Rendez-vous le samedi 29 septembre à 14h00
Reynald Halloy: guitare et chant
Nabankur Bhattacharya: tablas et chant

Accès gratuit
Réservation souhaitée
1, avenue de l’Europe
6000 Charleroi
071/31 27 30
Le 7 avril dernier, la médiathèque de Charleroi accueillait une jeune réalisatrice de documentaire, Clémence Hébert. Née en 1979 à Cherbourg, elle réside actuellement à Bruxelles où elle exerce ses nombreux talents dans des domaines aussi variés que le théâtre, la danse (captations), des ateliers d’écriture, des oeuvres radiophoniques, des installations… « Le bateau du père » est son premier long métrage. L’occasion de découvrir une personne riche et profonde, mais à la détermination bien marquée.
Dans son film, la réalisatrice aborde un sujet délicat : la mort d’un de ses proches (son père), ou plus précisément, le travail de deuil au sein d’une histoire familiale complexe. Sans artifices, avec un dispositif simple, elle retourne sur les lieux de son enfance pour y affronter ses peurs. Elle avance, et avec beaucoup de courage et d’humilité, elle pose ses questions tout en respectant les silences et les paroles parfois dures de ses interlocuteurs. Elle nous montre également que le temps est un allié précieux pour que chacun retrouve sa place, libéré d’un poids trop grand pour lui grâce à une parole enfin écoutée.
Du respect, il en question aussi dans son rapport avec nous, spectateurs. Car nous sommes loin du voyeurisme malsain dévoilant des histoires personnelles émouvantes, larmoyantes. Le film de Clémence Hébert provoque l’introspection, le silence; chacun est renvoyé à sa propre histoire familiale, avec ses blessures, ses secrets, ses joies aussi. Nous repensons aux personnes qui ont compté pour nous, à leurs rêves, à ce qu’elles nous ont laissé.
En regardant le film, j’ai souvent pensé à une toile du peintre Vermeer de Delft (1632-1675): « la jeune femme en bleu lisant une lettre ». En effet, la réalisatrice vit, comme la jeune femme de la peinture, une forme de « grossesse », un voyage intérieur récompensé à son terme par une joie apaisante, la lettre que la jeune femme lit renvoie à une personne qui n’est plus là physiquement. Dans le film aussi, il existe tout un matériau d’archives (lettres, dias) qui rappellent la personne absente. Par ailleurs, la fenêtre sert souvent de cadre dans le film; dans la peinture aussi, elle joue un grand rôle, celui de faire entrer la lumière, de passer progressivement de l’intérieur vers l’extérieur. Du message intime vers l’universel…
Le papa-maman de Mireille est un papa comme les autres sauf qu’il sert aussi de maman. Un jour, il présente Beautiful et celle-ci devient la belle-mère de Mireille. C’est vrai qu’elle est belle, tout le monde le dit: « ta belle-mère ceci, ta belle-mère cela.. » Bientôt, une nouvelle dans la famille, une petite soeur. « Vous voulez-dire: une demi-soeur! » s’exclame Mireille. Pas étonnant dans ce cas, qu’elle soit née avec un bras, une jambe, un oeil, une oreille et une toute petite bouche et qu’elle s’appelle An-Fr plutôt qu’Anne-Françoise. La galerie de personnages pittoresques ne s’arrête pas là, suivront un homme avec juste un chapeau et une valise: le Marchand de Temps, une sorcière aux cheveux verts, tenancière d’un bar à Paris, un ogre vert prénommé Gérard…
Et puis Mireille ce qu’elle voudrait par-dessus tout, c’est du temps. Et savez-vous pour quoi faire? Rien!
Le papa-maman: on n’a pas le temps, Mireille, on n’a pas le temps!
Beautiful: à l’école, c’est les garçons qui faisaient mes devoirs à cause que j’étais trop belle…
An-Fr: j.. ve.. bie.. de.. bon… (je veux bien des bonbons)
La sorcière: … ça fait longtemps que je cherche un mari!
Gérard: grrr.
L’histoire d’Angelina Galvani, racontée par elle-même se déguste à la petite cuillère, elle y incarne chaque personnage avec talent. Son texte bourré d’humour est entrecoupé par l’agréable bande-son composée par Rémi Auclair. A côté d’un excellent bruitage, la contrebasse, tour à tour intrigante et chaleureuse, y tient une place centrale. Zeina Abirached est l’illustratrice de ce récit rocambolesque. Sur fond noir, le texte blanc, des personnages très colorés, des bulles genre bande-dessinée.
Collection taille L: Des histoires plus longues pour les jeunes lecteurs, dès 6 ans. Illustrations décalées, plus de sons. C’est comme une bande dessinée sonore! (benjaminsmedia)
« En écrivant le Papa-Maman, j’avais envie de parler de la famille moderne. Au début cela m’amusait de jouer sur les mots « belle-mère » et demi-sœur ». Je ne voulais pas simplement parler de la famille recomposée, mais aussi de la façon dont nous vivons aujourd’hui : le manque de temps, la course folle, le travail qui mange les parents et les enfants ballottés, parfois obligés d’être comme l’héroïne de mon histoire « très indépendants ». J’ai trouvé que malgré la modernité de ces sujets je n’avais pas de mal à les marier avec des motifs de conte merveilleux… et que ce mariage amenait des perspectives très drôles et très profondes ». (Angelina Galvani)
(Référence: LE3477)