Ilôt Temps.

 

L’ilôt temps.

La sélection de Charleroi.

 

Si la médiathèque a pris le parti d’inclure un ilôt temps dans son projet Archipel, c’est que le temps est une valeur fondamentale de la musique. Mais de quel temps parlons-nous ? Depuis la nuit des temps, avant que l’homme n’en fasse son histoire, avant qu’il ne tente d’en prendre la mesure, le temps accommodait l’homme à son propre rythme. C’était celui des saisons. C’était celui des alternances du jour et de la nuit. C’était celui des migrations, puis des transmigrations. Le temps de naître et de mourir, nous n’avions et n’avons toujours que le temps d’accomplir notre destin. En sommes, c’était la nature du temps terrestre, unique et indifférent au sort des hommes. C’était le règne du temps organique avant qu’il ne devienne celui des dieux éternels et que l’homme n’en fasse l’assaut par la quête héroïque de sa propre éternité.

En ce temps là, l’histoire, les mythes, les légendes et les contes participaient à la musicalité du vivant. Elle explorait la dramaturgie humaine sous de multiples formes. on pouvait dire que la vie se déclamait par le verbe et par le chant et c’est ainsi quelle s’entretenait dans la mémoire des hommes. Sans pour autant oublier l’apport des premiers instruments musicaux, sans exclure les effets de la danse et des mimiques, sans oublier le travail du corps et celui du souffle. La musique était une sorte de liturgie instinctive qui permettait à l’homme de se définir en ce monde et de transcender sa propre identité. Pensez-y ! La musique condense tous les défis de l’existence humaine parce qu’il n’existe aucun art qui soit  un exemple plus parfait de notre humanité.

Pour la plupart des oeuvres artistiques l’artiste fixe sa création sur un support pour le rendre perceptible. En musique, c’est exactement le contraire, le support instrumental est là pour rendre la création audible, c’est-à-dire pour lui faire perdre sa fixité temporaire. Une partition musicale est une manière de rendre l’oeuvre artistique durable et traduisible, comme nous pourrions le faire pour un livre ou une sculpture. Mais une partition musicale n’a de sens que s’il est interprété par un musicien. C’est alors qu’une relation directe s’établit entre la partition, l’interprète et l’auditeur. Encore qu’il ne subsiste que dans le courant de cette interprétation pendant laquelle tous les acteurs de la scène musicale vont agir de concert sur l’oeuvre. A peine la dernière note est-elle donnée que l’oeuvre entre dans le domaine de notre mémoire. Pas question de se retourner pour admirer une dernière fois le concert comme nous pourrions le faire avec une sculpture ou un tableau que nous venions de quitter. C’est trop tard, l’acte d’interprétation est expérience unique qui ne peut jamais se réinterpréter intégralement sans de subtiles ou d’évidentes variations. Dans le même ordre d’idée, la partition est une lettre morte que le compositeur livre entre les mains d’un chef-d’orchestre, d’un groupe de musiciens ou d’un seul musicien, pour que celui-ci lui donne vie par le biais de son interprétation. Uniquement si l’interprète à devant lui un auditeur pour recevoir l’acte et l’intégrer dans son imaginaire. L’écriture de la partition est un acte créateur, son interprétation est un nouvel acte créateur et son écoute l’est aussi. Les deux, voire les trois peuvent se faire dans le même courant temporel. Les trois ? Oui, dans l’improvisation la partition se joue selon certaines règles qui laissent à l’interprète la liberté de modifier son jeu musical en fonction de ce qu’il ressent dans l’instant.

 

L’oeuvre naît à l’écoute de la première note, elle produit son oeuvre pendant un temps, puis elle se termine dans la dernière note. Toute la grandeur et la tragédie humaine s’y trouve condensée. De la naissance à la mort, l’homme ne se retrouve jamais deux fois dans la même situation, le cours du temps s’écoule inexorablement dans laquelle la partition humaine et musicale partage une même dynamique.

 

Une partition musicale n’est qu’une oeuvre d’art potentielle qui ne tire sa véritable essence que de l’interprétation qu’on en fait. Une sculpture ou une peinture par exemple, ce suffisent à eux-même. Nous devons simplement essayer de les comprendre. Si nous avons envie, il s’offre à nous tel qu’ils sont. Demain, nous pouvons revenir les observer, ils seront pareils, seul notre perception psychologique aura changer. Mais les interprètes d’une oeuvres classiques, quelque soit le genre, dans le pur respect des règles ou dans l’improvisation totale, ne peuvent faire exister l’oeuvre qu’en la faisant vivre dans l’instant. Le corps d’un musicien est indispensable et la musique ne peut vivre sa plénitude que dans cet étrange relation entre le musicien, la partition et l’auditeur.

 

Une partition peut-être aussi précise que possible, il reste toujours un filet de hasard entre les mains de l’interprète. Sinon, les oeuvres seraient toutes pareilles et sans magie. Une magie opérative dont le musicien se fait le médium.

 

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Tant qu’il avait assez de souffle pour conter l’aventure du héros, à sa manière, poétique, chantante, chaque fois différente et inspirée. Il demeurait dans la tradition. C’était dans l’air du temps !

Mais le courage héroïque s’écrira bientôt dans le défi Homérique comme l’exploit d’un homme qui se sort de la tradition orale pour entrer dans celle de l’histoire. La connaissance se fixe sur un support durable et la musique suivra la tendance. La musique qui ne peut jamais s’exclure du monde qui l’inspire va passer de la tradition auditive, plus ou moins régionale, dans celle plus universelle de l’écriture musicale. Le temps a changé de dimension, la musique peut être lue et comprise sans écoute préalable.

Le temps des sciences finira par le rendre malléable, déformable, extensible, réversible.  Aujourd’hui, il y a un temps pour l’univers qui se compte en milliards d’années, un autre pour les particules élémentaires où la seconde exprime la plus extrême lenteur, un troisième pour les sentiments, à ce point subjectif que chaque état émotionnel modifie la perception que nous avons du temps qui passe. Et dans tout ça, la musique se joue de tous les temps possibles et imaginables, dont la maîtrise n’a pour singulière raison, que de le rendre intemporel. La nature du temps unique est submergé par son incroyable capacité à s’étendre dans tous les domaines de la perception et de la connaissance.  Il revêt les apparences de l’ordre et du chaos, il se fait le porteur du hasard ou de la nécessité. Il apparait comme le messager de la destinée ou celui de la providence. Son apparente éternité égrène notre existence dans une relation paradoxale qui conduit inévitablement la finitude de l’homme à s’interroger sur l’éternité qui l’accueille en son sein.

Et la musique est une forme de magie opérative qui agit à la fois sur le temps présent et sur la manière dont il s’écoule quand il nous emporte dans une écoute étendue à toutes les formes de perception directe, de notre mémoire et de notre imaginaire. L’homme y trouve sa place et s’y perd en même temps et les musiciens joueront tantôt de l’un en renforçant la présence de soi ou tantôt de l’autre, en transcendant notre présence à nous même. Le temps musical permet aussi de jouer avec les sentiments, les émotions et la perception sensible d’une manière véritablement organique.

 

Le continu et la redondance.

La médiathèque de Charleroi a donc choisi de mettre en exergue cette notion de temporalité musicale en prenant soin de le limiter à deux thèmes précis : Le continu et la boucle.

Dans le domaine du continu, certains compositeurs ou musiciens ont joué sur la production d’un son long ou continu, sans alternance de notes et de silence. Cette production sonore continue se distingue pourtant du bruit par la persistance d’un accord dominant qui supplante tout ce que l’on peut broder autour ou que l’on choisi de laisser libre de toutes interactions. Elle demande un travail de persistance assez troublant pour une oreille habitué aux structurations classiques de la mélodie, du tempo et du rythme. L’auditeur s’y installe, s’allonge, se prolonge pour y trouver une nouvelle assise de l’attention. Ici, il n’est plus question de se distraire et de s’emporter dans les fugacités du monde extérieur, mais d’être confronté à cet espace intérieur qui entre en relation, voire en friction, avec notre biologie auditive, affective et créative.

Quant à la boucle, c’est le phénomène de répétition qui tient lieu de simulacre temporel. Etrange formation musicale redondante, reproduction fidèle et liante mais qui ne doit jamais se répéter !? Là aussi, l’écoute est essentielle parce qu’elle installe l’auditeur dans une intériorisation obligée. L’auditeur ne peut qu’interpréter la musique qui se déploie devant lui. La boucle est une espèce de continuité intermittente. Une figure fractale qui apparait, disparait pour réapparaitre encore et encore. Il est si prévisible que la moindre variation lui donne une texture unique. La même phrase musicale reproduite sans cesse ne donne jamais la même impression. C’est d’autant plus vrai que d’instant en instant, l’auditeur est constamment en train d’interpréter ce qu’il entend. Il pourrait s’interroger sur sa sensibilité et sur la subtilité d’une imperceptible inflexion qui change tout sans rien modifier. Le Boléro de Ravel est une excellente initiation à cette entrée en matière.

Nous avons sélectionné pour vous une liste non-hexaustive de médias susceptibles de s’accorder avec cet article et l’ilôt temps.

 

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DV6103 : Cello Concertos I&II, Henri Vieuxtemps.

FA2043 : The minimalist, Reich, Riley, Andriessen, …

FA2662 : Works for harpsichord and electronics, Jane Chapman.

FA4701 : Musica sacra, Monk, Messaien, Gordon, Sherman, …

FA5518 : The dharma at big sur, John Adams.

FA5535 : fearful Symmetries, John Adams.

FA5538 : Violin concerto, john Adams.

FB0184 : Occasional variations, Milton Babbitt.

FB3192 : Murmure des eaux, Bayle & Jeîta.

FF3222 :Inderminate Music, Morton Feldman.

FF3226 : Un instrument et orchestre…, Morton Feldman.

FF3276 : The viola in my life, Morton Feldman.

FF3281 : Something wild, Morton Feldman.

FF3296 : New millenium ensemble, Morton Feldman.

FF3302 : Violin & String quartet, Morton Feldman.

FF3342 : Triadic Memories, Morton Feldman.

FF3367 : Last pieces, Morton Feldman.

FF3387 : Voices & instruments, Morton Feldman.

FG5308 : Ignis, Paul Giger.

FG6109 : Alter Ego, Philip Glass.

FG6112 : Symphony N°7 « Toltec », Philip Glass.

FG6121 : Violin Concerto, Philip Glass (+Concerto Grosso N°5, Schnittke)

FG6122 : Violin Concertos, Philip Glass (+ Bernstein & Rorem).

FG6127 : Low, Philip Glass.

FG6128 : Symphony N°2, Philip Glass.

FG6133 : Music in the shape of a square, Philip Glass.

FG6134 : Reflections, Philip Glass.

FG6135 : Kronos Quartet performs Philip Glass.

FG6146 : Piano Music, Philip Glass.

FG6153 : Einstein on the beach, Philip Glass.

FG6188 : Archive Volume II, Philip Glass.

FG6195 : Dracula, Philip Glass.

FG6205 : The Orphée suite for piano, Philip Glass.

FL6034 : The Ligeti project II, György Ligeti.

FL6411 : Requiem Aventures Nouvelles aventures, György Ligeti.

FL6445 : Lux aeterna, György Ligeti.

FR3342 : Synergy Vocals, Steve reich.

FR3392 : Music for 18 musicians, Steve Reich.

FR3405 : New York counterpoint, Steve Reich.

FR3461 : Triple Quartet, Steve Reich.

FR5513 : In C, Terry Riley.

FR5523 : The cusp of magic, Terry Riley.

MJ 1192 : Echos du paradis, Sufi Soul.

MV7593 : Lavoix des tantras, Monastère de Gyütö.

MY6723 : Transe soufie d’Alep, Ensemble Al Kindi Sheikh Habboush.

UA4929 : Tunes without Measure or End, AMM.

UB9560 : Invisible Ear, John Butcher.

UG9453 : Slide, Mats Gustafsson.

UM9146 : La voyelle liquide, Günter Müller/Le Quan Ninh.

UR8691 : The Room, Keith Rowe.

UR8705 : A view from the window, Keith Rowe/Axel Dörner/Franz Hautzinger.

XA418R : Grapes from teh estate, Oren Ambarchi.

XC966H : Alpeh at Hallucinatory Moutain, Current 93.

XE921S : The Earth is not a cold dead place, Explosion in the sky.

XG365U : Orion, Philip Glass.

XG366S : Songs from the trilogy, Philip Glass.

XH308L : Closer to the edit, Richie Hawtin.

XH062O : Abandon all words at a stroke, Keiji Haino.

XL801V : Mind control for infants, Lotus Eater.

XS928X : White1, Sunn O))).

XS932E : Black One, Sunn O))).

XS932H : Monoliths&Dimensions, Sunn O))).

XV184E : A priori, Van Wissem.

 

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