Clémence hébert à la Médiathèque

Le 7 avril dernier, la médiathèque de Charleroi accueillait une jeune réalisatrice de documentaire, Clémence Hébert. Née en 1979 à Cherbourg, elle réside actuellement à Bruxelles où elle exerce ses nombreux talents dans des domaines aussi variés que le théâtre, la danse (captations), des ateliers d’écriture, des oeuvres radiophoniques, des installations… « Le bateau du père » est son premier long métrage. L’occasion de découvrir une personne riche et profonde, mais à la détermination bien marquée.

Dans son film, la réalisatrice aborde un sujet délicat : la mort d’un de ses proches (son père), ou plus précisément, le travail de deuil au sein d’une histoire familiale complexe. Sans artifices, avec un dispositif simple, elle retourne sur les lieux de son enfance pour y affronter ses peurs. Elle avance, et avec beaucoup de courage et d’humilité, elle pose ses questions tout en respectant les silences et les paroles parfois dures de ses interlocuteurs. Elle nous montre également que le temps est un allié précieux pour que chacun retrouve sa place, libéré d’un poids trop grand pour lui grâce à une parole enfin écoutée.

Du respect, il en question aussi dans son rapport avec nous, spectateurs. Car nous sommes loin du voyeurisme malsain dévoilant des histoires personnelles émouvantes, larmoyantes. Le film de Clémence Hébert provoque l’introspection, le silence;  chacun est renvoyé à sa propre histoire familiale, avec ses blessures, ses secrets, ses joies aussi. Nous repensons aux personnes qui ont compté pour nous, à leurs rêves, à ce qu’elles nous ont laissé.

121En regardant le film, j’ai souvent pensé à une toile du peintre Vermeer de Delft (1632-1675): « la jeune femme en bleu lisant une lettre ». En effet, la réalisatrice vit, comme la jeune femme de la peinture, une forme de « grossesse », un voyage intérieur récompensé à son terme par une joie apaisante, la lettre que la jeune femme lit renvoie à une personne qui n’est plus là physiquement.  Dans le film aussi,  il existe tout un matériau d’archives (lettres, dias) qui rappellent la personne absente. Par ailleurs, la fenêtre sert souvent de cadre dans le film; dans la peinture aussi, elle joue un grand rôle, celui de faire entrer la lumière, de passer progressivement de l’intérieur vers l’extérieur. Du message intime vers l’universel…

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