Archipel
La médiathèque souhaite remettre au centre de notre attention l’importance et l’influence des musiques dites expérimentales, inclassables, discrètes, alternatives et symptomatiques. Elle part du constat que les progrès technologiques, initiés depuis la fin du XIXème siècle, ont profondément modifié notre perception de la réalité. En mesurant son impact révolutionnaire dans des domaines aussi variés que celui de la philosophie, de la science, de la foi ou de l’esthétique par exemple, la Médiathèque nous propose de découvrir un vaste panel de genres musicaux associant divers concepts, comme celui du corps, du silence, du recyclage, du bruit, de l’utopie, des aléas, et d’autres découvertes substantielles offertes à votre curiosité.
Une borne interactive a dès lors été installée, à disposition du public. Elle se présente sous la forme d’un socle rectangulaire d’acier massif et de verre tactile. Deux casques sont mis à notre disposition pour mieux partager nos émotions. La borne se voit et se touche avant tout. L’écran s’ouvre sur un triangle noir et mystérieux qu’il faudra effleurer pour accéder à un premier menu d’explication. Le premier geste sera donc celui de la main! Tout un symbole, l’accès à son répertoire passe par un contact physique et pas n’importe lequel puisque c’est la main, le plus antique et précieux outil de l’homme. C’est le prolongement physique de la pensée humaine, sans laquelle la civilisation n’aurait pu émerger de son animalité première. C’est celui qui apporte le poing ou la caresse; c’est celui qui désigne au regard et celui qui trace le signe.
Après une rapide lecture de l’introduction, la borne nous invite à l’exploration de ses thèmes. Un autre espace s’ouvre devant nous. Des petits triangles parcourent aléatoirement l’écran sans indication particulière. Le hasard prend sa place dans cette danse étrange qui ne manque pas de nous rappeler celle des organismes unicellulaires vue au microscope. Ces triangles me font penser à une forme de vie primaire que la pensée consciente n’a pas encore élaborée mais qui dans son confinement solitaire contient déjà les promesses d’une interprétation symbiotique.
Si le hasard tient une place centrale, les bords supérieurs gauche et droit nous offrent tout de même une concession textuelle pour ceux qui par habitude de l’outil ou par stratégie veulent explorer ce bouillon de culture avec un minimum de logique et de guide. Nous avons donc le choix d’une écoute multiforme, intuitive ou sélective. On nous propose donc de découvrir un paysage sonore, vibratoire, dont la qualité première sera de nous faire entendre et comprendre que l’expérience musicale ne se limite pas à l’élaboration de textures mélodiques simplificatrices qui se construisent dans des lieux communs sans cesse exploités.
Le sujet.
Le projet est clairement une initiative pour décloisonner les musiques du carcan de l’arbitraire. Supposer qu’un genre musical est imperméable aux influences extérieures est un non-sens onthologique. Pas plus dans la nature que dans le monde artistique on ne peut affirmer que la création d’une oeuvre est le produit d’une volonté indépendante du milieu qui lui fournit l’inspiration initiale ou, si vous préférez, le substrat ambiant dans lequel la pensée va puiser sa propre créativité. En ce domaine, il n’y a pas de frontière, pas de limite aux réseaux complexes des influences directes ou lointaines qui font d’une oeuvre personnelle, une pièce signifiante dans la globalité des oeuvres inscrites ici même ou dans la trame générale de l’histoire du monde.
De ce point de vue, il me semble qu’archipel ne nous propose pas une vue centralisante de la musique dite savante par rapport à la musique dite populaire. Elle nous fournit plutôt une constellation d’îlots dynamiques sur le plan musical, dont la particularité est d’être soluble dans le champs de la créativité, et ce, même si notre goût prononcé pour le compartimentage des genres nous pousse à limiter les musiques dans des catégories restrictives. Il n’y a pas de centre, mais plutôt un nuage de propositions, de niches musicales distinctes mais dignes de distinctions. D’où ma tendance à considérer cette sélection Archipel comme une tentative de mise en lumière de la structure discrète qui relie ce grand ensemble, disparate en apparence, de créations sonores et musicales qui, sur le plan intellectuel et émotionnel, nous fait découvrir que l’intelligence et l’émotion ne se limite pas à former un ensemble de notes formatées par les canons académiques de la mélodie et de l’harmonie.






