La valse des ondes.
Une fois ne sera pas coutume. Je vous laisserai juge des deux documentaires qui ont suscité les réflexions qui vont suivre. J’ai beau en avoir vu de toutes les couleurs, j’ai beau prétendre n’avoir aucune illusion sur l’état de délabrement éthique de nos sociétés. Je n’en demeure pas moins abasourdi devant l’absence de responsabilités du politique et du scientifique sur des questions de sécurité et de salubrité publique. Le constat est à ce point affligeant que je préfère n’en rien dire et laisser votre regard s’écorcher devant ces deux témoignages interpellants.
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Photos de Jean-François Devillers.
(avec son aimable autorisation)
Sentiments personnels.
On voudra bien me pardonner le caractère quelque peu décousu du texte. Le temps d’écriture a été mal géré. Mais j’en tirerai parti pour améliorer les prochains textes.
Soit ! Vous aurez peut-être l’impression que je pars dans de longues digressions. Mais la société n’est pas constitué de faits isolés les uns des autres. Ils ne peuvent être compris séparément que dans la mise en perspective des liens multiples qui les unissent les uns aux autres. Je dresse un portrait rapide, très grossier et non-exhaustif de tout ce qui tourne autour des deux documentaires. La réalité est plurielle et non singulière et rien ne peut exister à l’exclusion du reste. Notre existence sur terre n’est pas le fruit d’une volonté propre, mais la conséquence de causes qui lui sont antérieures. Si tant est que cette matière soit douée pour se penser, elle doit toujours se poser la question de savoir pourquoi il en est ainsi et pourquoi il devrait en être ainsi.
En 1986, la centrale nucléaire de Tchernobyl faisait une entrée fracassante dans la grande histoire des catastrophes humaines. J’avais vingt ans et tout l’avenir devant moi. A 43 ans, c’est toujours le cas mais j’égrène les années avec l’étrange impression que cette avenir finira par me prendre de court. Oh ! Ce n’est pas bien grave, la mort n’est pas une échéance difficile à vivre. L’enfant que j’étais, l’homme que je suis ne connaîtra jamais la mort. Mais celui qui se présentera devant la mort avec l’héritage d’une vie révolue, cet homme qui aura l’insigne honneur de porter mon nom ainsi que l’ensemble de mes actes pour mémoire, cet homme – enfin ! sera le témoin conscient de tout ce qui fut fait en son nom. Lui, le témoin ultime d’une existence emplie de contradictions, de changements, de rumeurs magnifiques ou sordides, sera l’acteur involontaire d’une tragédie heureuse sur laquelle il pourra porter un regard lucide et sans concession. Je le lui souhaite et d’une certaine manière, je me le souhaite aussi.
On n’a pas besoin d’être bouddhiste pour constater que tout en ce monde est transitoire, impermanent et changeant. Pas besoin de croire en Dieu pour aimer son prochain. Pas besoin de Le nier pour aimer son prochain avec le même bonheur. Pas besoin d’adhérer aux isthmes des idéologies pour partager un sens commun du bien-être. Le simple bon sens, constitutif d’un esprit curieux et d’une conscience critique devrait suffire pour mettre en défaut les certitudes bancales de la tradition et de l’impérieuse injonction d’être dans la norme. Je dis certitude bancale de la tradition, parce que nous les prenons comme tel sans poser de questions. Faisant des traditions des orthodoxies que nous appliquons mécaniquement comme des acquis d’une sagesse que nous ne comprenons plus et que nous appliquons sans les mettre dans une perspective historique. Elles peuvent être tout aussi bien les garants d’une raison établie sur des connaissances intemporelles, utiles pour l’homme ou la femme qui se veut aussi digne que possible. Comme elles peuvent tout aussi bien faire de nous des humains soumis à des dictats. Dont on réduit la pertinence à une simple obéissance qui ne nous responsabilise aucunement et ne nous donne plus les outils nécessaires pour atteindre une certaine maturité dans la vie. C’est ainsi que l’obéissance et le manque de réflexion peut faire de nous, non plus, des acteurs de notre vie, mais des spectateurs agissants comme de simples consommateurs, ou de simples outils au service d’une volonté qui ne se soucie pas nécessairement de notre bien-être ou du bien-être commun. On s’abandonne littéralement à l’a norme sociale telle qu’elle s’impose à nous. Fusse au détriment de toute logique et parfois même de toute humanité. A ce titre, aucune société, aucune idéologie, ne devrait nous laisser indifférent sous prétexte qu’elles nous apportent des réponses valables pour tous, en toutes circonstances. Faisant l’économie d’une responsabilité personnelle que l’on ne peut rejeter qu’en perdant de vue une partie de ce qui fait notre valeur humaine. Oui, l’homme à un prix mais qui ne se calcule en chiffre.
Avec justesse, on peut condamner l’homme qui mena la centrale de Tchernobyl à l’accident majeur. Mais il ne faudrait pas oublier qu’il appartenait à un système qui l’avait mis en place. Il ne faudrait pas oublier que malgré la rigidité de ce même système, un autre homme refusa d’obéir aux directives et qu’en son âme et conscience il empêcha qu’un deuxième réacteur n’entre en fusion pour les mêmes raisons. Evitant ainsi que la catastrophe de Tchernobyl ne prenne des proportions encore plus dramatique. Le premier suivait les ordres d’un système hiérarchique, l’autre aussi. Mais la différence entre les deux est considérable. Le premier suivi les ordres jusqu’au bout. Le second, ingénieur en chef de la centrale n°3, coupa son réacteur avant que celui-ci ne soit à son tour gravement endommagé. Que dire des collaborateurs qui exécutaient les ordres directs ? Personne dans la salle de commande ne se rendit compte que les évènements échappaient à leur contrôle ? Il ne s’agissait pas de casser le moteur d’une voiture. Mais d’enclencher une réaction en chaîne irrécupérable qui ne pouvait finir que par l’explosion chimique du liquide de refroidissement. L’explosion fut suffisamment puissante pour projeter en l’air une dalle en béton de 1200 tonnes ! On appela aussitôt les pompiers pour éteindre un incendie. Et quel incendie ! On avait oublié de leur signaler qu’un réacteur nucléaire en fusion l’entretenait joyeusement. Les pompiers furent les premières victimes de la catastrophe.
Tchernobyl est mieux connu du public en ce sens qu’il toucha un empire qui s’opposait à notre conception de la société. Donc, on ne se priva guère de fustiger l’Union Soviétique de l’époque en oubliant généreusement de regarder sur le pas de notre porte. A juste titre, on félicite le professionnalisme des techniciens, le courage de nos pompiers, l’abnégation de nos soignants. Mais le sacrifice, le mot n’est pas trop fort, des liquidateurs soviétiques méritait que l’on ravive leur souvenir dans nos mémoires. Car c’est par centaines et sans doute par milliers qu’ils sont morts ou qu’il sont gravement tombés malades. Tout cela pour nettoyer et cloisonner un réacteur nucléaire en fusion ouvert à tous les vents. Si l’Europe avait payé pour fermer Tchernobyl et d’autres centrales nucléaires du même type, ce n’était pas par compassion mais bien parce que les pollutions de là-bas auraient eu inéluctablement un impact chez nous. Et rien n’est plus vicieux qu’une pollution radioactive.
Que dire d’un accident du même genre au coeur de l’Europe. Je n’ose imaginer les conséquences durables qu’une telle catastrophe entraînerait pour notre continent. Nos centrales nucléaires ne sont plus très jeunes. Tôt ou tard, il faudra bien prendre en compte la gestion des ressources limitées de la terre et ainsi que la problématique des déchets nucléaires. La durée de vie du plutonium ce compte en milliers d’années, celui de l’uranium 235 en millions d’années ! J’aimerais croire les belles promesses, mais il est difficile de ne pas être saisi par une sorte de vertige nauséeux devant l’inconséquence de ces hommes qui, la main sur le coeur, nous disent qu’ils s’occupaient, qu’ils s’occupent encore de tout et qu’ils ont pensé à tout pour satisfaire notre appétit énergétique et notre demande légitime de sécurité… Oui, il ont pensé à tout, sauf à l’imprévisible ou éventuellement un incident de niveau 7 comme celle de Tchernobyl dont la gravité fut l’unique exception à la maîtrise sécuritaire de nos experts en nucléiare… si on veut bien ne pas prendre en compte, les accidents des centrales nucléaires de Snovosi Bor, Three Miles Island, Mayak, Saint-Laurent, Lucens, Tokaimura, Kyshtym, Vandellos, Sellafield, Forsmark (qui aurait pu se transformer en nouveau Tchernobyl), etc. Aucune situation ne fut à la mesure de la catastrophe de Tchernobyl, mais certains accidents en prenaient le chemin direct.
Je vous laisse quitte du surgénérateur superphenix (en France) et ses 5500 tonnes de sodium liquide dont la caractéristique essentielle, quand on aime le danger, est de s’enflammer au contact de l’air et d’exploser au contact de l’eau ! Secondairement, il contient aussi quelques tonnes de plutonium que l’énorme quantité de sodium caloporteur et explosif pourrait réduire en fines particules (dans le pire des scénarios) pour nous offrir une vision de fin du monde digne des plus grandes productions holywoodiennes. Ne vous inquiétez pas, je parle de fin du monde mais les meilleurs spécialistes en prévisions des catastrophes n’ont jamais envisagé plus d’un million de morts après l’explosion (très improbable de superphenix)… Si on veut bien limiter les conséquences de la catastrophe aux quelques minutes qui suivent l’explosion du surgénérateur. Pour le reste de la population touchée par la très haute toxicité du plutonium ce ne serait qu’une question de cancer et de malformations génétiques.
La valse des ondes.
La valse des ondes me semble un titre porteur pour servir mes propos. La matière dans sa structure la plus intime est à la fois corpusculaire et ondulatoire. Les ondes se propagent dans le visible et dans l’invisible, elles vibrent, rayonnent, rebondissent, font écho à notre voix. Elles édifient un champ sonore bruyant, mélodique, harmonique. Elles sont parfois intenses au point de devenir palpables ou au contraire faibles comme le murmure d’un regard timide. Un regard ? Mais oui, la lumière se comporte aussi comme un onde ! Elles sont porteuses d’informations et notre corps tout entier est un édifice voué à la perception de cette information. Lorsque les ondes se transforment en sons et plus particulièrement en paroles, elles entrent dans le domaine de la communication, de la culture, de la connaissance. Les ondes sont vitales pour toutes les espèces vivantes, elles sont à la fois un instrument de survie ou au contraire une arme de mort. Même en lisant ce texte en silence le cerveau reconstitue le chant sonore de la voix. L’homme en a fait un instrument de son esprit créateur. Il ne communique plus seulement ses émotions par le biais de cris dont la tonalité articulerait les prémices d’un langage. Mais a quoi peut bien servir le langage sinon à faire perdurer la représentation de l’homme sur la scène politique (politikos). Le langage est rapidement devenu un outil de rhétorique et de joute oratoire qui remplace souvent le duel physique sans retirer quoi que ce soit au principe du conflit latent ou patent entre deux personnalités revendiquant la dominance. Sous des dehors plus civilisé, le schéma de la confrontation est aussi vieux que l’espèce humaine. Observation, parade, mimique, intimidation, attaque, …
La guerre des ondes.
La guerre ne se décline pas seulement avec des soldats et des armes. Elle se déploie dans toutes les sphères des activités humaines. Les sphères militaires évidemment, mais aussi économiques, commerciales, informationnelles, sociales, technologiques, scientifiques, culturelles. L’utilisation d’une armée n’est que l’acte final d’un rapport de force dont l’objectif est de dominer ou de pérenniser la domination d’un pouvoir sur un autre. Cette opposition des forces armées est dite asymétrique lorsqu’une la puissance militaire d’une nation domine l’adversaire par les moyens mis en oeuvre pour le réduire au silence. Il existe dés lors une parade que l’on définit comme étant une réponse insurrectionnelle. Une forme de résistance par le harcèlement et un incessant travail de propagande pour signifier que l’ennemi n’a pas la maîtrise du terrain et que la lutte continue. La guerre contre le terrorisme qui cache de nombreux motifs autres que celui de préserver la sécurité de l’honnête citoyen est le type même de guerre dite asymétrique. Entre parenthèse, le terme générique de « guerre contre le terrorisme » est un bel exemple de propagande. Le message est clair, simple et réduit à sa plus simple expression. En vérité, ce sont de multitudes guerres, globales ou locales, qui s’entrechoquent depuis le début des années deux mille. Un groupuscule doté de moyens financiers ne peut survivre longtemps s’il ne joue pas le jeu de quelques nations. La manipulation des uns et des autres s’inscrit à tous les étages de l’édifice conceptuel de la guerre. La maîtrise du terrain est fondamentale, mais la maîtrise de l’information ne l’est pas moins. La psychologie des groupes est prise en compte pour manipuler les populations.
Quel rapport avec Tchernobyl ? Eh bien, l’incident eu lieu en pleine guerre froide et les rapports de force qui opposaient les deux superpuissances de l’époque (les Etats-Unis et l’U.R.S.S.) ne se limitaient pas à un déploiement de force brute. La mise en oeuvre d’une idéologie avait valeur d’exemple et de modèle pour les peuples amis ou hostiles. Chaque évènement, chaque incident, chaque accident chez l’une ou l’autre des parties pouvaient justifier une propagande victorieuse ou au contraire une propagande assassine.
Le but de cette propagande, tout comme celle de la publicité, est de fédérer les esprits autour d’un sujet précis pour créer un besoin identitaire. Que cela soit pour consommer, convaincre du bien fondé d’une décision qui aura un impact collectif, retourner les convictions, créer le besoin, et autres motivations plus ou moins licites.
A l’image du monde.
Le nucléaire civil ou militaire a toujours été un secteur sensible et hautement stratégique. L’information qui tourne autour de lui ou que l’on véhicule à son sujet doit être pris avec circonspection. Pour la simple et bonne raison que le nucléaire symbolise à la fois le triomphe d’une certaine science moderne positiviste et le vecteur militaire le plus destructeur qui fut jamais dans l’histoire de l’humanité. Ce positivisme triomphante porte en lui la négation de ses éclatantes victoires. Libérer l’énergie des atomes marque un tournant dans l’histoire de la technique et de la science. Pourtant cette victoire qui paraissait ultime au début du vingtième siècle marquait la fin d’une époque : celle de nos certitudes. Le futur est imprévisible et l’homme pourrait bien disparaitre en un clin d’oeil !
La science a depuis quelques siècles fait perdre la place centrale que l’homme pensait tenir dans l’ordre de la Création. Le constat est insupportable pour certains. L’univers ne tourne pas autour de la terre, le soleil ne tourne pas plus autour de nous et notre système solaire n’est qu’un système négligeable parmi les milliards d’autres que contient la voie lactée qui elle même n’est qu’une petite poussière dans l’océan des galaxies contenues dans l’univers ! Fort peu agréable pour la vanité des hommes. Pire, si l’infiniment grand nous réduit à presque rien. L’infiniment petit est à peine plus aimable avec nous. Les particules élémentaires (neutrons, protons, photons, quarks, etc.) ne se comportent absolument pas comme on les a pensé pendant des siècles. Les petites billes de matière insécable de nos vieux modèles de physique n’ont aucun sens au niveau quantique. La matière s’évapore littéralement pour jouer un jeu phénoménal multiple, étrange et déroutant pour le sens commun. La tangibilité physique de notre corps lui-même perd sa signification au niveau de nos composants premiers !? Mais poussons l’observation encore plus loin. Même dans sa dimension psychologique l’humain n’est plus certain d’être au centre de ses décisions et de ses actes. Sa liberté d’être selon sa volonté consciente n’est libre de rien du tout ! Même au niveau de sa personne, l’homme prend conscience qu’il réagit le plus souvent en méconnaissance des causes qui le font agir ainsi et pas autrement. Du moins, pour ceux qui ont le courage de pousser l’introspection de soi jusqu’à ce stade. C’est-à-dire très peu de personne tant le constat vaporeux que cela donne de soi est déroutant : Au niveau de l’univers l’homme n’est rien, au niveau des particules l’homme ne représente rien et au niveau psychologique, il n’est libre de rien… Enfin, presque rien ! C’est ce presque rien qui constitue le prodige de la création et qui, d’un certain point de vue, différencie l’homme du caillou.
La terre est ronde.
C’est ce presque rien qui fait que quelque chose existe plutôt que le néant, c’est ce presque rien qui permet à l’homme d’être autre chose qu’une mécanique dont le fonctionnement serait tenu par des lois rigides et définitives. Et ce petit rien, c’est quelque chose d’immense ! C’est l’imprévisibilité phénoménales du monde à quelque niveau que ce soit. Toute règle à son exception et la loi peut être transgressée par la nature même du phénomène qui le compose. Si vous préféré, tout est possible, le meilleur comme le pire. C’est ce petit rien qui fait qu’un homme qui ne possède pas les connaissances nécessaires soit au contrôle d’une centrale nucléaire qu’il fera exploser en ce mois d’avril 1986. C’est ce petit rien qui mènera par milliers les liquidateurs à cloisonner un coeur radioactif hors contrôle au péril de leur vie. Tous n’était pas clairement conscient qu’ils seraient probablement condamné à mort en se lançant dans cette folle entreprise. Mais il ne fallait pas être très intelligent pour comprendre que le simple fait de ne pouvoir rester plus de quarante secondes sur le site même des décombres supposait une dangerosité mortelle. C’est ce petit rien qui nous dit tout sur la nature de l’homme. L’ordre ne pouvait être refusé mais face à la mort chacun devait donner un sens particulier à son sacrifice au-delà des idéologies.
Le tissus complexe de ses conditionnements qu’ils soient naturels ou artificiels ne peut réduire l’être humain à n’être qu’un instrument dénué de toute action sur soi et de responsabilité. Nos choix sont conditionnés mais ils ne sont pas inéluctables. Le sujet pensant peut parfaitement faire évoluer, doucement ou radicalement, les conditions initiales qui l’ont poussé à vivre et ressentir jusque là cette vie qui est la sienne.
Photos de Jean-François Devillers.
Le site sur la théorie des photos de Jean-François Devillers.
Le site des photos de Jean-François Devillers.
Afin de les illustrer, mes commentaires sont accompagnés d’une série de photos de Monsieur Jean-François Devillers prisent sur le site même de Tchernobyl et de Pripyat.
Le choix initial d’accompagner les textes par des images m’a rapidement conduit à une impasse. Je ne désirais aucunement reprendre à mon compte la masse des photos documentaires qui, s’ils sont nécessaires, ont été trop souvent utilisé pour traduire la réalité d’un évènement catastrophique sous la forme d’une représentation littérale dénué de sentiment personnel. C’est en cela que le travail photographique de Monsieur Devillers m’a paru pertinent. L’auteur ne se contente pas de rendre compte de la situation d’une centrale nucléaire, d’une ville et d’une région avec des photos dont le caractère se réduirait à n’être qu’un témoignage visuel passif.
Les photos de Devillers font partie d’un travail objectivé et subjectivé qui pousse à la réflexion. Sa portée artistique ne peut être ignorée, mais elle doit aussi nous interpeller sur la valeur du témoignage qu’il nous apporte. Je ne dirai rien sur les intentions de l’auteur, il s’exprime avec suffisamment de pertinence à cette adresse. (propos sur la photographie).
L’alternative nucléaire.
Le nucléaire est une alternative à nos problèmes énergétiques. Mais le nucléaire constitue-t-il une réponse fiable à la boulimie électrique de nos sociétés modernes ? Le processus qui permet de dégager une énergie considérable de l’uranium 235 est sans équivalent si on le compare à l’exploitation traditionelle du charbon, du gaz, du pétrole plutôt polluant. Mais l’industrie nucléaire produit aussi des déchets radioactifs, persistants et hautements toxiques. De surcroît, le contrôle de la fission nucléaire n’est pas sans danger. Il peut même prendre une tournure catastrophique comme ce fut le cas à Tchernobyl. Une description sommaire est peut-être nécessaire pour comprendre le fonctionnement d’une centrale nucléaire. Des petites pastilles d’uranium 235 sont empillées dans des gaines métalliques que l’on plonge ensuite dans l’eau d’une cuve en acier étanche. L’eau est soumise. à une très forte pression. Cette technique permet de faire chauffer l’eau à plus de 300°C en évitant qu’elle n’entre en ébullition. En effet, les bulles de vapeurs peuvent altérer la bonne circulation de l’eau dans les canalisations du circuit primaire. C’est un circuit fermée dont le travail est de faire circuler l’eau chaude vers un second circuit fermé (le circuit secondaire). L’échange calorifique qui s’ensuit, permet au circuit secondaire de refroidir l’eau du circuit primaire et de transformer sa propre eau en vapeur. La pression obtenue par la vapeur permet de faire tourner une turbine qui entraîne un alternateur qui produit de l’électricité comme dans une centrale classique. Ensuite la vapeur du circuit secondaire est refroidie à son tour et retransformée en eau pour un nouveau cycle de refroidissement et de vaporisation. Pour contrôler la fission de l’uranium, des barres de bores peuvent monter ou descendre dans la cuve du réacteur afin d’absorber le rayonnement et l’émission de neutrons. Les hautes pressions usent les canalisations et les valves. Les parties proches du combustible accumulent la radioactivité et participe à son tour au réchauffement de l’ensemble. Elle subit une fatigue structurelle parfois surprenante et inquiétante. Les procédures de sécurité sont dans certains cas complexes, elles demandent de sérieuses connaissances du système et beaucoups de sang-froid. Les pannes sont par nature imprévisibles et la moindre erreur de jugement peut entraîner une nouvelle série de complication.
Quelques liens intéressants.
Les deux documentaires nous en disent beaucoup sur le sujet mais il ne faut pas s’en tenir là ! Il ne faut pas hésiter à pousser l’analyse au point de rechercher (c’est assez compliqué) des documents officiels qui nous livrent la réalité des faits sur le nucléaire sans sombrer dans les aléas d’une information digestible et digestive. Le poids des paroles, le choc des images compensent la brièveté du documentaire par la maîtrise du patho. Il n’empêche que la réalité des faits n’est jamais bien loin. C’est tout le problème du travail documentaire. Comment cibler un sujet d’étude avec suffisamment de précision et de concision pour en faire une synthèse pertinente dans les limites d’un reportage d’une heure ? La réponse me parait simple, c’est impossible. Il faut impérativement que le spectateur multiplie ses prises de connaissances. Il ne faut pas hésiter à mettre en question le choix des plans et des séquences, poser la critique sur les choix opérés par les auteurs pour mettre en avant leur propos ainsi que l’éventuelle dramaturgie du sujet et autres critères plus ou moins subjectifs. Documentaire ou reportage ? Documentaire avec reconstitution des scènes historiques ou sur images d’archives, etc. Il faut favoriser un débat contradictoire, ne pas tout prendre pour argent comptant.
Documentaires sur le nucléaire de la Médiathèque.
Institut de radioprotection et de sureté nucléaire.
Organisation Mondiale de la Santé.
Harrisburg – Three Miles Island.
Radioactivité-protection civile.















mar 05, 2010 @ 17:03:52
Il est vrai que pour maintenir un système économique en route et de profit pour certains,l’homme est capable de beaucoup de choses et le nucléaire en est une!
mar 05, 2010 @ 19:48:11
S’il s’agit de profit à tout prix, nous pouvons parler d’ego qui n’envisage plus le monde autrement que par besoin personnel. Cela peut supplanter toutes autres considérations, une perte de perspective à long terme et de conscience critique et sans doute d’une certaine éthique. C’est aussi une question d’éducation. Ce qui me frappe c’est de voir le nombre de documentaires présentant la nature sous son aspect compétiteur. Le plus fort gagne, le plus fort à raison. Ce n’est pas dénué de vérité. Mais les documentaires sur la symbiose, sur la complémentarité des entre espèces nous montre que la nature ne peut pas être réduit à la seule compétion. Encore un exemple, les télévisions présentent préférentiellement les caractéristiques pathogènes des bactéries. Pourtant sans le concours des bactéries notre corps ne pourrait survivre bien longtemps. Par exemple, chaque cellule du corps contient un organite exogène dénommé mitochondrie qui fournit l’énergie indispensable à la cellule pour survivre ! C’est l’exemple type de la symbiose intracellulaire chez l’humain. Je vais utiliser un mot qui pourrait sembler énorme mais qui, à mon sens, n’est pas dénué de pertinence. Il y a une idéologie dominante dans nos sociétés qui nous fait voir le monde sous angle particulier et quelque peu exclusif. Cette idéologie influence grandement notre quotidien au point que l’on pourrait croire que c’est dans l’ordre des choses. Alors qu’il n’en est rien. Ce n’est qu’une question de point de vue et ce point de vue peut aussi nous laisser très perplexe.
Le système économique et industrielle de notre monde globalisant est mené par des idéologies dominantes. Tout ce qui domine ou veut dominer, le fait toujours par cooptation ou par exclusion. On adhère à la pensée dominante ou on prend le risque d’en être exclut. C’est-à-dire, d’être mis en minorité et dans le pire des cas d’être pris pour un adversaire qu’il faut combattre parce qu’il remet en question les guides de cette idéologie. Aucune idéologie ne peut mettre en avant sa tolérance par rapport à une autre. il ne s’agit donc pas de condamner celle-ci comme néfaste par rapport à une autre. Elles ne se singularise que par le point de vue, mais finalement, elles sont construites selon les mêmes modalités.
Une société idéale n’existe pas. Le problème ce sont les hommes qui les constituent. Le marxisme, le communisme, le libéralisme, le capitalisme, le christianisme, l’islamisme, le scientisme, l’écologisme, etc. Sont des modèles sociaux qui, en s’affirmant, peinent à garder l’individu au centre de leur interrogation. L’individu, cet être grégaire et sociable est aussi un être au singulier. Mais que devient la philosophie ? Que devient l’éthique dans nos sociétés ? A vous de répondre.